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Interview de Jay C Buckey, astronaute

Depuis le début de l’exploration spatiale en 1961 1, 550 personnes seulement sont allées dans l’espace.

Chaque mission coûte plusieurs dizaines de millions d’euros au minimum ce qui limite mécaniquement la capacité des agences spatiales à envoyer des personnes en orbite.

Pour justifier de tels coûts et réduire les risques, les agences s’assurent donc que les personnes envoyées aient des capacités exceptionnelles (expertise dans plusieurs domaines scientifiques, excellente résistance au stress, bonnes conditions physiques…).

C’est la raison pour laquelle le processus de sélection pour devenir astronaute est un des plus difficile au monde.

Si vous décidiez de devenir astronaute et de candidater aujourd’hui sur le site de la NASA, vous auriez entre 0,04% et 0,08% de chance d’être sélectionné pour partir en mission spatiale 2. Le processus de recrutement a été conçu de tel façon que seules les personnes qui ont des aptitudes exceptionnelles sont capables de rester jusqu’à la fin du processus.

J’ai justement voulu en savoir plus sur ceux qui allaient au bout de ce processus…

J’ai donc interviewé Jay C Bukey astronaute, pour en savoir plus sur la préparation nécessaire pour devenir astronaute et sur les dernières recherches en matière d’exploration spatiale.

Dans cette interview vous apprendrez notamment :

  • Le processus de sélection pour devenir astronaute
  • En quoi la réalité augmentée va changer l’exploration spatiale
  • Quelques conseils de productivité

Pourriez-vous vous présenter ?

Image source : Dartmouth News

Je suis Jay C Buckey, astronaute et professeur en médecine à l’université de Geisel à Dartmouth. Je travaille sur différents programmes d’entraînement interactif pour aider les personnes dans des états de stress psychologique et d’isolation en utilisant la réalité virtuelle.

Comment se sent-on quand on est dans l’espace ?

Et bien le sentiment d’apesanteur est très amusant. Vous pouvez pousser des objets dans les airs et les faire flotter dans la direction que vous souhaitez. Vous pouvez utiliser l’intégralité de l’espace dans lequel vous vous trouvez. Vous pouvez marcher au plafond…

Et la vue d’en dessus est absolument stupéfiante. J’ai eu la chance de l’observer pendant 16 jours.

Comment avez-vous été entraîné physiquement et mentalement ?

Notre entraînement se concentrait principalement sur les expériences que nous allions mener lors de notre mission.

La mission s’appellait Neurolab et était entièrement dédiée à l’étude du cerveau et du système nerveux et à la façon dont ils s’adaptent en apesanteur et se réadaptent une fois sur terre.

Il y avaient 26 experiences aux USA et dans le monde. Nous étions sujets pour certaines d’entres elles et opérateurs pour les autres.

Durant notre entrainement nous avons beaucoup planifié nos expériences pour s’assurer qu’on pourrait les accomplir en 16 jours. Nous nous sommes aussi préparés au cas où cela tournerait mal.

Ces entrainements avaient principalement pour but de gérer la mission aussi efficacement que possible.

On s’entrainait aussi pour rester en forme. Mais vous n’avez pas besoin d’être si entraîné que ça avec l’apesanteur. Vous devez juste rester en forme en cas d’urgence.

Pendant une mission, vous voulez vous assurer que tout se passe pour le mieux. Chaque jour est une grosse journée. Les conséquences d’erreurs peuvent être désastreuses selon ce qui est passe. Vous devez juste mettre les choses en perspective et avoir confiance en votre entraînement et en votre équipe et tout ira bien.

Ce qui est positif c’est que l’on s’entraine tous ensemble pendant une certaine période avant de partir dans l’espace donc on apprend pas mal à se connaitre.

C’est une excellente expérience de faire partie d’une équipe qui fonctionne extrêmement bien.

Comment avez vous été sélectionné ? Comment s’assure t-on que vous soyez compatible avec les futurs autres membres de l’équipage ?

Concernant la sélection, vous devez passer un examen psychologique mais celui-ci est destiné à l’écrémage. C’est-à-dire que c’est pour isoler les personnes qui auraient des problèmes psychologiques majeurs.

Il n’y a pas vraiment d’examen de compatibilité.

Dans mon cas la mission ne durait que 2 semaines. N’importe quel groupe peut fonctionner pendant 2 semaines sans nécessairement que les coéquipiers s’entendent entre eux. En revanche être capable d’être dans l’espace pendant plusieurs mois, c’est une histoire différente.

Dans ce cas là, il est très important de sélectionner les personnes avec qui vous allez travailler.

Donc nous n’avons pas été mis spécifiquement ensemble. Nous avons juste eu une période d’entrainement de 2 ans pendant laquelle nous avons travaillé ensemble avant de nous envoler.

Nous avons été sélectionnés pour travailler ensemble sur la base de nos compétences et de notre expérience et non sur la base de nos profils psychologiques.

Qu’est-ce que vous avez appris durant votre entraînement qui vous aide encore aujourd’hui dans la vie de tous les jours ?

Avec du recul je dirais apprendre à travailler en équipe. Ca a été un moment très spécial. Travailler avec un groupe de personne que vous appréciez et qui partage un objectif commun, c’était vraiment un sens de satisfaction et d’accomplissement.

Source de l’image : NASA Gallery

Comment utilisez-vous la VR ? (Virtual Reality ou réalité virtuelle)

Nous utilisons la VR pour réduire le stress et restaurer l’attention.

Il y a une théorie en psychologie qui s’appelle la Théorie de l’Attention Réparatrice et qui se base sur l’idée que la nature a des vertus réparatrices. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’entres nous cherchons des expériences en pleine nature, qu’ils s’agissent de se poser dans un parc, de faire de la randonnée, de voyager…

Ce sont les choses que l’on cherche et que l’on aime. Et ce sont des choses qui nous sont utiles parce qu’elles restaurent notre attention.

Beaucoup de ce que nous faisons tel que travailler sur ordinateur requiert notre attention et provoque une fatigue. Tandis que dans la nature, tout vient à vous. On appelle cela la Fascination sans Effort. Il suffit de regarder autour de nous et d’apprécier le moment.

Il est difficile de ressentir les mêmes bénéfices lorsque l’on est dans un espace confiné. Dans un vaisseau spatial, l’environnement ne change pas énormément.

Notre idée était donc de donner aux astronautes une simulation de la nature à travers la réalité augmentée et de leur procurer une expérience immersive totale tout en restant dans un espace confiné.

Par ailleurs nous utilisons également les ordinateurs pour la résolution de conflits, la gestion du stress et les traitements contre la dépression.

Avez-vous des conseils de productivité ?

Une chose qu’il est important d’avoir c’est une passion pour mener les choses à terme c’est-à-dire que lorsque vous commencez quelque chose vous devez vous concentrer dessus jusqu’à ce que cette chose soit accomplie, c’est très important.

Ce que j’aime avec ce que je fais c’est que le bureau de recherche pour lequel je travaille offre beaucoup d’opportunités de créer et de penser productivement.

On se demande souvent :

« Qu’est-ce qui pourrait être différent et comment pourrait-on rendre cela possible ? 

Ou

« Si une nouvelle technologie émergeait, comment pourrait-on l’utiliser dans notre travail actuel ? »

Par exemple je savais que les longs voyages spatiaux étaient challengeants psychologiquement et à l’époque il y avait un groupe à Dartmouth qui travaillait sur des média interactifs. Alors on a commencé à avoir des discussions.

On s’est dit :

« Et si on utilisait des média interactifs pour engager les personnes lors d’entrainements psychologiques ? »

Et c’est de cette façon que tout à commencé.

Il fallait juste chercher une façon de prendre plusieurs choses existantes et de les combiner entre elles pour trouver de nouvelles idées d’applications.

– Ceci était un extrait de mon interview avec Jay C Buckey.

 

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Notes :

  1. Youri Gagarine : le premier homme à avoir été dans l’espace
  2. The odds you’ll get picked to be an astronaut are pretty low